« Nous avons dû refaire 3 fois nos plants de choux pour cet hiver, on se demande quand il faut renoncer. » Retour sur un été caniculaire.

Chaleur, vent brûlant, les canicules successives de cet été ont eu des répercussions sur nos vies. Cela a aussi impacté fortement le travail dans les fermes. Que ce soit pour les paysannes et les paysans, les animaux d’élevage, les plantes cultivées : il fallu s’adapter tant bien que mal.
Par exemple, les chèvres et brebis ont commencé à manger le fourrage prévu pour l’hiver puisqu’il n’y a plus un brin d’herbe. Dans la ferme d’Anna, on espère que l’automne permettra d’avoir un peu de répit et que les bêtes pourront profiter de prairies plus verdoyantes rapidement. « Tout va bien pour l’instant, certes, la production est un peu en baisse ou disons peut-être un peu moins quali par le manque d’herbe, par rapport à ce qu’on a habituellement l’été, mais c’est surtout pour ce qui va suivre qu’on craint… Enfin les bêtes vont bien, c’est déjà ça, pour l’instant, ça va. »
Stéphane, maraîcher de Longecourt travaillant avec AMAPP’i depuis plusieurs années, a de son côté, souligné les difficultés qui se sont enchaînées : la fatigue d’abord. Les journées exténuantes à travailler en plein « cagnard »… « c’est dur, on bosse 50 heures par semaines dans cette chaleur, mais nous, c’est notre ferme, notre champ, notre vie, on s’accroche même si on est fatigués ! Par contre, les salariés, c’est dur aussi pour eux, et à notre quotidien s’ajoute le besoin de veiller à leurs conditions de travail, dans ce contexte vraiment difficile, c’est un stress supplémentaire, et on ne peut pas leur demander plus que ce qu’il est possible de faire ! ». On parle de charge mentale, à laquelle s’ajoute les soucis de production : « tout a souffert, malgré l’arrosage. On n’a jamais vu des températures si élevées si longtemps ! Partout les records ont été battus… »
Et les répercussions pour les mois à venir : « Les plants pour l’hiver prochain ont aussi posé problème, il y a probablement des légumes qu’on ne pourra pas avoir. On a recommencé trois fois nos plants de choux pour cet hiver, trois fois plus de boulot, et on se demande quand il faut renoncer. Parce que les semaines passent et si c’est après telle semaine, ce n’est pas possible ! » Stéphane explique que la polyvalence de leur maraîchage est un avantage indéniable pour produire un maximum de variétés localement, mais cela devient un problème lorsqu’une contrainte demande un savoir-faire très précis, par espèce cultivée : un spécialiste des oignons ou des salades pourra peut-être plus facilement s’adapter car il connaît toutes les variétés, les façons de faire lever les plants avec précision malgré les contraintes. C’est une supposition, car lorsque la chaleur est là pour longtemps… Tout y passe. « on va peut-être devoir se poser des questions sur un approvisionnement complémentaire ailleurs, en tout cas, il va falloir qu’on en parle avec l’AMAP. »
Effectivement, l’AMAP dans tout ça ? Comment soutenir davantage ? Stéphane donne son avis : « dans les marchés, si on n’a pas les tomates parce que la chaleur a fait tomber les fleurs, au bout de 3 fois, les gens ne reviennent plus, on le sait, mais c’est dur parce que le travail été fait et zéro rémunération. Mais en AMAP, les gens comprennent, on a un soutien quoi qu’il arrive, et ça, c’est tellement important ! »
Alors merci à toutes et tous qui adhèrent à AMAPP’i, c’est là qu’on prend vraiment conscience de l’engagement fort qui est pris pour soutenir l’agriculture paysanne. Plus que jamais, le contrat est avant tout un partenariat. Plus que jamais, il faut en parler autour de soi, réveiller les consciences et faire en sorte que cet engagement partenarial puisse s’élargir et faire basculer les pratiques dans ce sens.
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